Mis à jour le 25 septembre 2026.

Méliès est d’abord un artiste de scène : dessin, décors et prestidigitation précèdent ses premiers films de 1896. Ses trucages donnent au public l’impression de voir apparaître, disparaître ou se transformer des personnages sous ses yeux.
Son film le plus connu, Le Voyage dans la Lune (1902), rapproche théâtre, féerie et récits de voyage. La lecture de Jules Verne et celle de H. G. Wells comptent parmi ses inspirations, sans faire du film l’adaptation fidèle d’un seul roman.
Cinéma de féerie et film à trucs
Chez Méliès, le fantastique prend souvent la forme de tableaux de théâtre rendus impossibles par la caméra : apparitions, transformations, voyages imaginaires. Cette approche est différente des vues documentaires qui ont aussi marqué les débuts du cinéma.
Du théâtre Robert-Houdin aux premiers films

Né à Paris en 1861 dans une famille d’industriels de la chaussure, Georges Méliès se forme au dessin et s’intéresse à la magie. Il passe par Londres, où il fréquente un théâtre de prestidigitation, avant de développer sa propre pratique des illusions.
En 1888, il rachète les droits d’exploitation du théâtre Robert-Houdin à Paris. Il y conçoit et présente des numéros de magie : machineries, décors et rythme du spectacle deviendront des ressources précieuses lorsqu’il fera du cinéma.

La famille Méliès travaille dans l’industrie de la chaussure. Georges choisit pourtant la scène : la direction du théâtre Robert-Houdin lui permet de dessiner des décors, d’organiser des tours et de comprendre comment guider le regard du public.
Cette expérience théâtrale explique une partie du style de ses films : caméra souvent fixe, scènes composées comme des tableaux, interprètes et décors au service d’un effet spectaculaire. Elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer ses inventions cinématographiques.
La séance Lumière de 1895
Méliès assiste à une projection du Cinématographe des frères Auguste et Louis Lumière le 28 décembre 1895, invité par leur père Antoine. Il comprend vite que les images animées peuvent prolonger ses spectacles de magie.
Ne pouvant acquérir leur appareil, il se tourne vers Londres, puis adapte et construit du matériel pour filmer et projeter. Dès 1896, il réalise ses premières vues et les montre au théâtre Robert-Houdin.
Le studio vitré de Montreuil, construit en 1897
Ses premiers films sont tournés en plein air en 1896. En 1897, il fait construire à Montreuil un studio vitré spécialement destiné aux prises de vues cinématographiques : la date et le type de bâtiment comptent davantage que la formule vague de « premier studio ».
Ce studio reprend des principes de scène théâtrale, avec une structure vitrée pour exploiter la lumière et des installations pour les décors et les artistes. La Cinémathèque française le décrit comme le premier studio vitré conçu uniquement pour le cinéma.

Méliès y cumule de nombreux rôles : il conçoit des scénarios, dessine des décors, joue, dirige et finance ses films. Cette organisation artisanale nourrit la diversité de son catalogue, des féeries aux voyages imaginaires.
Le Voyage dans la Lune (1902)
Réalisé en 1902, Le Voyage dans la Lune devient son œuvre emblématique. Son image la plus célèbre montre une capsule plantée dans l’œil d’une Lune à visage humain ; le film associe science rêvée, humour et spectacle de scène.
Une équipe d’astronomes part vers la Lune dans une capsule lancée par un canon. Elle y rencontre des Sélénites avant de revenir sur Terre. Cette aventure n’est pas un reportage scientifique : c’est une féerie filmée, nourrie notamment des livres de Verne et Wells.
Les transformations à l’écran reposent sur plusieurs procédés, dont l’arrêt de caméra, les surimpressions, les décors peints et les changements d’échelle. Méliès combine ces ressources avec les costumes et le jeu des interprètes pour construire ses tableaux.
Le rapprochement avec le steampunk est une lecture actuelle : le film appartient à la féerie et aux débuts de la science-fiction cinématographique, pas à un mouvement qui n’existait pas encore en 1902. Ses machines imaginaires et son goût du spectacle peuvent néanmoins inspirer des créations rétrofuturistes.
Star Film : une marque et plus de 500 films
Star Film est la marque sous laquelle Méliès diffuse ses films. Il utilise une étoile noire comme emblème dès 1896 ; la marque est déposée en 1902. L’association Cinémathèque Méliès recense plus de 520 films tournés entre 1896 et 1913, dont une partie seulement est conservée.
Parmi les œuvres encore visibles figurent Le Voyage dans la Lune (1902), Le Royaume des fées (1903) et Voyage à travers l’impossible (1904). Elles montrent que Méliès explore plusieurs formes de spectacle, et pas seulement le voyage spatial.
Trucages, décors et couleur
Son apport ne se résume pas à un trucage isolé : Méliès organise la mise en scène, le décor, les interprètes, la prise de vues et la diffusion d’un grand nombre de films courts. Le cinéma devient avec lui un lieu de spectacle construit.
Il expérimente le raccord par arrêt de caméra et d’autres manipulations de l’image. Il n’est pas nécessaire de lui attribuer seul « l’invention du montage » : son originalité est d’avoir multiplié les usages narratifs et comiques de ces procédés.
L’Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin (1896) donne un exemple clair : la caméra s’arrête, la scène change, puis la prise reprend et crée une disparition à la projection. Méliès enrichit ensuite cette grammaire par des surimpressions et des effets de décor.
Certaines copies de ses films, notamment Le Voyage dans la Lune, ont été coloriées à la main image par image. Ce travail sur les copies ne signifie pas que Méliès peignait lui-même directement chaque pellicule ni qu’il a inventé seul la couleur au cinéma.
Difficultés financières et redécouverte
La concurrence, le piratage et l’évolution du marché fragilisent son activité. Il ferme ses studios en 1913, puis doit quitter sa propriété de Montreuil en 1923 pour régler ses dettes. L’association Méliès précise qu’il était ruiné, mais non déclaré en faillite ; la Cinémathèque nuance aussi la légende selon laquelle il aurait détruit lui-même tous ses films.
Sa redécouverte passe notamment par un gala en 1929. Il reçoit la Légion d’honneur en 1931, remise par Louis Lumière. À partir de 1932, il réside avec sa famille au château d’Orly, maison de la Mutuelle du cinéma.
Ses archives et les films retrouvés permettent aujourd’hui de mesurer la variété de son travail. La sauvegarde de cette œuvre doit beaucoup aux cinémathèques et à sa petite-fille Madeleine Malthête-Méliès.
Méliès et le steampunk : une parenté esthétique, pas une filiation prouvée
Il n’existe pas de preuve ici que Méliès ait exercé une influence directe et mesurable sur la naissance du mouvement steampunk. Le lien proposé est un rapprochement esthétique : imaginer des machines, des voyages extraordinaires et des futurs vus depuis la Belle Époque.
Le Voyage dans la Lune et À la conquête du pôle offrent des exemples concrets de cet imaginaire. L’aéronef du professeur Maboul dans le second film mêle invention fantaisiste et références aux moyens de transport de son temps.
Pour un projet steampunk inspiré de Méliès, on peut reprendre la logique du tableau de théâtre : un décor peint, une machine imaginaire lisible, un costume et un effet de surprise. C’est une réinterprétation contemporaine, non une étiquette historique collée au cinéaste.
Questions Fréquentes sur Georges Méliès
Il a développé le film à trucs en associant arrêt de caméra, surimpressions, décors et mise en scène. Son travail a compté dans l’histoire des effets spéciaux ; les inventions du cinéma restent collectives.
Georges Méliès meurt à Paris le 21 janvier 1938, à 76 ans. Après ses difficultés financières, il a été honoré en 1929 puis en 1931 et a vécu ses dernières années avec sa famille au château d’Orly.
Ses films associent numéros de magie, décors de théâtre, transformations obtenues à la prise de vues et récits de féerie ou de voyage. Cette combinaison explique leur singularité sans les qualifier rétroactivement de films steampunk.
Méliès a conçu le scénario du Voyage dans la Lune (1902). La Cinémathèque française cite notamment De la Terre à la Lune de Jules Verne et Les Premiers Hommes dans la Lune de H. G. Wells parmi ses sources d’inspiration.
Méliès a donné au jeune cinéma une forme de spectacle visuel qui associe magie, fabrication et récit. Relire ses films avec un regard steampunk peut être fécond, à condition de distinguer cette interprétation actuelle de l’histoire du cinéma.
Sources historiques consultées
- Cinémathèque Méliès, biographie chronologique : théâtre, studio, marque Star Film et dernières années.
- Cinémathèque française, Georges Méliès par ses archives : redécouverte, films perdus et Légion d’honneur.
- Cinémathèque française, exposition Georges Méliès : studio et film à trucs.
- Cinémathèque française, fiche du Voyage dans la Lune : film de 1902 et inspirations.
Eugénie Vaporette






