
Uchronie : définition
Une uchronie, ou histoire alternative, imagine ce qui aurait pu suivre un point de divergence du passé. « Et si Napoléon avait remporté Waterloo ? » : la question n'est pas seulement de changer une bataille, mais de raconter les effets plausibles de ce changement sur les sociétés et les personnages.
Elle peut prendre la forme d'un roman, d'un film, d'un jeu ou d'une série. Le steampunk s'en rapproche souvent lorsqu'il imagine un XIXe siècle où des techniques ou des choix politiques ont suivi une autre voie. Toutefois, toutes les uchronies ne sont pas steampunk et tout récit steampunk n'a pas besoin d'un voyageur temporel. Voir la définition de l'histoire alternative dans The Encyclopedia of Science Fiction.
Mis à jour le 25 septembre 2026.
Uchronie, voyage temporel et steampunk : trois notions distinctes
Dans Abattoir 5, Kurt Vonnegut fait vivre à Billy Pilgrim les épisodes de sa propre vie dans un ordre non linéaire. C'est un récit sur l'expérience du temps et la guerre, pas un exemple simple de société née d'un événement historique modifié. De même, La Machine à explorer le temps de H. G. Wells met en scène un déplacement dans le futur : une machine temporelle ne suffit pas à définir une uchronie.
Le steampunk peut, lui, utiliser un passé alternatif comme décor. Une invention à vapeur plus développée ou une décision politique différente change le monde fictif ; un personnage peut y voyager, mais ce n'est qu'un procédé parmi d'autres. Cette distinction aide à comprendre les quatre œuvres suivantes.
Quatre récits pour voir la différence
Ces romans associent différemment monde alternatif, esthétique steampunk et déplacement temporel. Leurs intrigues sont des fictions, non des hypothèses scientifiques sur le passé.

Burton & Swinburne, Mark Hodder
Dans The Strange Affair of Spring-Heeled Jack, premier volume de la série, Burton et Swinburne enquêtent dans un Londres de 1861 transformé par des ingénieurs et d'autres factions. L'éditeur décrit un monde dont l'existence même est remise en question : c'est le décalage avec l'histoire connue qui intéresse ici l'uchronie. Présentation de l'éditeur.
Le Nomade du temps, Michael Moorcock
Le capitaine Oswald Bastable traverse des versions alternatives du XXe siècle où l'Empire britannique, la guerre et les dirigeables n'ont pas la même place que dans notre histoire. La trilogie montre qu'un voyageur peut servir de témoin à une société divergente. Présentation de l'éditeur.
Morlock Night, K. W. Jeter
Jeter prolonge La Machine à explorer le temps de Wells : les Morlocks utilisent la machine et envahissent le Londres de la fin du XIXe siècle. Le voyage temporel déclenche ici une histoire autre, dans un imaginaire qui a contribué au steampunk. Notice de la SFE.
Les Voies d'Anubis, Tim Powers
Brendan Doyle, universitaire du XXe siècle, se retrouve dans le Londres de 1810 après un voyage organisé autour d'une conférence de Coleridge. Magie, poésie et déplacement temporel y dominent : le roman est souvent rapproché du steampunk, mais n'est pas un cours sur les techniques victoriennes. Présentation de l'éditeur. Vous trouverez d'autres Livres Steampunk sur le blog.
Science-fiction ou réalité
Dans les récits, un voyage temporel peut servir à visiter ou à changer le passé. Une uchronie pose une autre question : que devient une société si un événement historique diverge ? Les deux ressorts peuvent coexister, mais une uchronie ne suppose pas une machine à voyager dans le temps.
La physique décrit, elle, des effets mesurables sur la durée vécue : selon la vitesse et la gravité, deux horloges peuvent ne pas avancer au même rythme. Ce phénomène de dilatation du temps ne montre pas qu'un personnage peut revenir modifier un événement historique.

La NASA donne l'exemple d'horloges comparées après un vol et des corrections nécessaires au GPS. C'est un résultat expérimental, très différent d'un portail vers une autre chronologie. L'illustration ci-dessus évoque l'imaginaire steampunk, pas une preuve de voyage temporel.
La fiction exploite librement ce contraste : un auteur peut inventer un appareil qui relie des époques, puis raconter les conséquences historiques de son usage. Le mécanisme narratif doit toutefois être distingué de la relativité effectivement observée.

Une personne se déplaçant très vite pourrait connaître moins de temps écoulé qu'une personne restée sur Terre. Cela ne nécessite pas d'atteindre exactement la vitesse de la lumière et ne permet pas, à soi seul, de revenir dans le passé.
Dans notre monde, aucun dispositif ne permet aujourd'hui de remonter à Waterloo ou d'observer une histoire alternative. La NASA rappelle que les machines à voyager sur des centaines d'années relèvent des livres et des films ; les effets relativistes, eux, sont pris en compte dans des technologies réelles.
Retour en arrière

Revenir sur une décision passée est un ressort de fiction séduisant. Dans une uchronie, le lecteur n'a pourtant pas besoin d'un voyageur : le récit peut commencer après un point de divergence déjà posé, puis montrer la société qui en résulte.
Le livre de Kip Thorne, Trous noirs et distorsions du temps, peut nourrir une réflexion sur l'espace-temps. Il ne valide pas les machines à remonter le passé décrites dans les romans. La discussion qui suit porte sur des choix de narration, pas sur des possibilités techniques établies.
Certains modèles théoriques de la relativité ont inspiré la science-fiction, mais leurs conditions idéalisées ne constituent ni un plan de construction ni une preuve qu'un passage vers le passé existe. Les mettre sur le même plan qu'une expérience mesurée serait trompeur.
Des notions physiques différentes ont inspiré des scénarios de voyage temporel. Ces scénarios spéculatifs ne sont pas des technologies disponibles. Dans un guide consacré aux récits, il suffit de retenir leur rôle d'idées de fiction plutôt que de promettre une traversée possible.
Le lien entre uchronie et steampunk est littéraire : une invention, une décision politique ou une catastrophe imaginée peut dévier l'histoire du XIXe siècle. Le lecteur compare alors ce monde fictif à l'histoire connue, indépendamment de la méthode inventée pour y accéder.
Une ligne temporelle dans la fiction

Dans un récit à chronologie unique, le paradoxe du grand-père sert à demander ce qui arriverait si un voyageur empêchait sa propre naissance. C'est une difficulté logique de scénario, pas une observation scientifique.
Un auteur peut choisir que les actions du voyageur étaient déjà incluses dans le passé du récit. Dans cette convention, le voyage n'efface pas l'histoire racontée : il complète une boucle narrative. D'autres œuvres retiennent une règle différente.
Des branches d’histoire possibles

Une autre convention consiste à faire naître une branche distincte lorsqu'un événement est modifié. Elle permet d'imaginer plusieurs versions d'un même passé, mais ne démontre pas que notre univers se divise ainsi à chaque choix.
Pour reconnaître une uchronie, cherchez le point de divergence et ses conséquences : une guerre évitée, une invention apparue plus tôt, un empire qui ne s'effondre pas. La présence d'une machine temporelle, de mondes parallèles ou d'une esthétique à vapeur est possible, jamais obligatoire.
Les romans cités plus haut montrent plusieurs combinaisons : Morlock Night joue avec la machine de Wells ; Moorcock explore des histoires impériales alternatives ; Hodder mélange enquête victorienne et monde transformé. Les lire côte à côte aide à distinguer le moyen de déplacement, le décor steampunk et l'histoire divergente.
En bref, l'uchronie demande « et si l'histoire avait bifurqué ? » ; le steampunk apporte parfois le décor et les inventions de cette bifurcation. Le voyage dans le temps peut ouvrir la porte du récit, mais il n'en est pas la définition. Pour prolonger la lecture, consultez The Encyclopedia of Science Fiction sur l'histoire alternative, son entrée Steampunk et la NASA sur la dilatation du temps.










