Por que Jules Verne não criou o Steampunk?

Sumário

Non, Jules Verne n’a pas créé le steampunk. Mort en 1905, il précède de plusieurs décennies le mot et le mouvement. Ses machines, ses voyages et ses savants ont toutefois nourri l’imaginaire que les auteurs steampunk reliront plus tard. Le mot juste est donc précurseur ou figure tutélaire, pas fondateur du genre.
Jules Verne et le Steampunk

Pour comprendre ce lien sans anachronisme, il faut séparer trois niveaux : l’œuvre de Jules Verne au XIXe siècle, ses relectures visuelles au XXe siècle, puis la naissance littéraire du steampunk dans les années 1980. Cette chronologie explique à la fois pourquoi Verne paraît si proche de cet univers et pourquoi il ne peut pas en être le créateur.

Jules Verne dans son véritable contexte littéraire

Un écrivain du XIXe siècle, entre science et géographie

Né à Nantes en 1828 et mort à Amiens en 1905, Jules Verne écrit au moment où les chemins de fer, la vapeur, les communications et les explorations modifient la perception du monde. Il ne cherche pas à reconstituer un passé victorien alternatif : il transforme les connaissances et les débats de son propre temps en aventures accessibles à un large public.

Le qualifier aujourd’hui d’auteur de science-fiction ou d’anticipation est pratique, mais ces catégories sont en partie rétrospectives. Verne ne décrit pas toujours l’avenir : plusieurs récits se déroulent dans un présent reconnaissable et rendent extraordinaire un espace encore mal connu. Son originalité tient moins à une succession de prophéties qu’à l’art de faire paraître possible une aventure grâce aux calculs, aux cartes, aux instruments et aux explications de ses personnages.

Le succès commence avec Cinq semaines en ballon, publié par Pierre-Jules Hetzel en 1863. Dans les récits qui suivent, la science et la géographie servent autant le dépaysement que l’intrigue. Vingt mille lieues sous les mers imagine l’autonomie du Nautilus ; De la Terre à la Lune met en scène un projet balistique spectaculaire. Ces inventions sont extraordinaires, mais elles restent racontées avec le vocabulaire scientifique de l’époque.Le Génie Nantais dans son Contexte Historique

Combien de Voyages extraordinaires ?

ambiance Jules Verne vintage

Les chiffres parfois cités — 54, 63 ou 70 romans — mélangent des périmètres différents. La notice d’ensemble de la Bibliothèque nationale de France décrit les Voyages extraordinaires comme un cycle de 62 romans et 18 nouvelles, publié de 1863 à 1919. Cette période inclut donc des textes parus après la mort de l’écrivain, certains ayant été remaniés ou préparés par son fils Michel Verne.

Que signifie « roman scientifique » chez Verne ?

Cette expression ne veut pas dire que chaque machine est une prédiction exacte. Elle désigne une fiction d’aventures qui mobilise les savoirs disponibles — astronomie, géologie, géographie, navigation ou électricité — et les pousse vers l’extraordinaire. La technologie peut déclencher l’action, comme le Nautilus, mais l’exploration, les personnages, le voyage et les questions politiques restent essentiels.

Hetzel, un éditeur qui participe au projet

La relation avec Pierre-Jules Hetzel ne se résume pas à l’acceptation providentielle d’un manuscrit. L’éditeur définit une collection destinée à instruire et divertir, discute les textes avec Verne et organise leur diffusion en revue puis en volume illustré. Les Voyages extraordinaires résultent ainsi d’un projet éditorial suivi, et non d’une série improvisée autour de la seule fascination pour la vapeur.

Nautilus, sous marin

Après 1905, Michel Verne intervient dans la publication de plusieurs œuvres posthumes. Ce point compte pour lire correctement le corpus : la date imprimée et le nom de Jules Verne ne suffisent pas toujours à attribuer chaque choix de la version publiée à l’auteur seul.

Les romans qui résonnent le plus avec le steampunk

On peut y ajouter Robur-le-Conquérant (1886), où l’Albatros défend l’idée du plus-lourd-que-l’air, puis Maître du monde (1904), qui retrouve Robur et sa machine polyvalente. Ces récits d’aéronefs ont beaucoup compté dans les illustrations rétrofuturistes. Ils relèvent pourtant encore de l’anticipation vernienne : l’habillage de cuivre, les engrenages apparents et les codes vestimentaires steampunk viennent souvent des adaptations et créations ultérieures.

Cette sélection explique l’influence de Verne sans transformer tous ses livres en œuvres steampunk avant la lettre. Elle laisse aussi à chaque article consacré à un roman son intention propre et évite de confondre la popularité actuelle d’une image avec son sens dans le texte original.

Le Nautilus de Disney a renforcé la lecture steampunk

Nautilus et intérieur Victorien

L’image populaire du Nautilus vient autant du cinéma que du roman. Pour le film 20,000 Leagues Under the Sea de Walt Disney, sorti en 1954, le directeur artistique Harper Goff conçoit un sous-marin aux plaques rivetées, aux volumes puissants et à l’intérieur richement travaillé. Le Walt Disney Family Museum rappelle que Goff s’éloigne volontairement des illustrations du livre pour construire une machine crédible à l’écran.

Ce design victorien, fait de métal apparent, d’instruments, de mobilier et de mécanique visible, ressemble fortement à ce que l’on appellera plus tard l’esthétique steampunk. Il ne prouve pas que Verne avait créé le genre : il montre comment une adaptation du XXe siècle a relu son œuvre et fixé une partie de notre imaginaire.

La distinction est importante lorsque l’on compare les sources. Dans le roman, le Nautilus est décrit comme un long cylindre aux extrémités coniques, avec une coque lisse et une propulsion électrique. Le film doit au contraire donner immédiatement une personnalité à la machine et rendre ses espaces lisibles pour la caméra. L’apparence spectaculaire de Goff répond donc à un besoin de cinéma autant qu’à une interprétation du livre.

La silhouette du Nautilus est vernienne ; une grande part de son apparence « steampunk » est une reconstruction visuelle postérieure.

Jules Verne est-il un précurseur du steampunk ?

Nantes 1850

Oui, si « précurseur » désigne une influence reconnue après coup. Les inventions visibles, les explorateurs, les savants ambigus et les voyages impossibles de Verne offrent une bibliothèque d’images facilement réutilisable par le rétrofuturisme. Mais Verne écrit le futur avec les outils de son présent ; le steampunk imagine plutôt un passé alternatif depuis une époque ultérieure.

Une filiation littéraire, pas une paternité unique

Jules Verne partage cette place d’ancêtre avec d’autres auteurs, notamment H. G. Wells, et avec l’illustrateur Albert Robida. Leurs œuvres ne forment pas encore un mouvement nommé. Elles constituent un réservoir de thèmes que des écrivains, cinéastes, dessinateurs et créateurs vont combiner bien plus tard.

Le mot « steampunk » apparaît en 1987

Le repère décisif arrive en avril 1987. Dans une lettre publiée par le magazine américain Locus, l’écrivain K. W. Jeter propose avec humour le mot « steampunk », construit en écho à « cyberpunk », pour désigner les « fantasies victoriennes » écrites par lui-même, Tim Powers et James Blaylock.

Le rapprochement concerne notamment Morlock Night de Jeter (1979), Les Voies d’Anubis de Powers (1983) et Homunculus de Blaylock (1986). Ces œuvres modernes reviennent délibérément vers un XIXe siècle transformé. Voilà la différence essentielle : Verne fournit une influence majeure, tandis que Jeter et ses contemporains nomment une veine littéraire rétrospective.

Le Style Steampunk  Renaissance de l'Élégance Mécanique

Comment le steampunk moderne relit Jules Verne

Le steampunk s’est ensuite étendu du roman au cinéma, à la bande dessinée, aux jeux, au cosplay et à la création d’objets. Il combine souvent vapeur, mécanismes visibles, costumes inspirés du XIXe siècle et uchronie : l’histoire bifurque, puis imagine ce que seraient devenues des technologies anciennes si elles avaient suivi une autre trajectoire.

Toutes les œuvres ne donnent pas le même poids à ces éléments. Certaines construisent une histoire alternative très documentée ; d’autres privilégient l’aventure, la fantasy victorienne ou le plaisir visuel de la mécanique. Le steampunk est donc moins une liste obligatoire de matériaux qu’une manière moderne de réinventer le XIXe siècle. Cette souplesse explique pourquoi l’héritage de Verne y est fréquent sans être indispensable à chaque récit.

Dans cette relecture, Nemo devient volontiers un ingénieur steampunk, le Nautilus une forteresse de cuivre et les aéronefs verniens des machines à engrenages. Ces images sont cohérentes avec le style steampunk, mais elles ajoutent à Verne des codes élaborés après lui. Le cuivre, les rouages décoratifs ou les lunettes d’aviateur ne sont donc pas des preuves de paternité littéraire.

Le contexte de la révolution industrielle reste une référence importante, sans qu’il existe pour autant trois « périodes fondatrices » universellement reconnues. Selon les œuvres, l’action peut se situer dans l’Angleterre victorienne, la France du Second Empire, l’Ouest américain ou un monde entièrement inventé.

Pourquoi Jules Verne n’a pas créé le steampunk

Jules Verne dans une bibliothèque

La réponse en quatre points

1. La chronologie : Jules Verne meurt en 1905 ; le mot « steampunk » est proposé en 1987.

2. L’intention : Verne met en fiction les sciences et les voyages de son temps, sans chercher à créer une uchronie victorienne.

3. La construction collective : le genre naît de plusieurs auteurs et s’enrichit ensuite au cinéma, dans l’illustration et les sous-cultures.

4. La relecture : une partie de ce que nous percevons aujourd’hui comme « vernien et steampunk » vient d’adaptations postérieures, notamment du Nautilus de Disney.

La formule la plus exacte est donc simple : Jules Verne n’est pas le créateur du steampunk, mais l’un de ses principaux ancêtres littéraires. Reconnaître cette nuance ne réduit pas son influence ; cela permet au contraire de voir comment son œuvre a traversé les générations et changé de sens au contact de nouvelles images.


Sources et références