Qui était Mary Shelley ?

Sommaire

Mary Shelley

Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851) est une écrivaine, romancière, nouvelliste, biographe et éditrice anglaise, surtout connue pour Frankenstein ou le Prométhée moderne. Fille de Mary Wollstonecraft et de William Godwin, elle grandit au contact des idées politiques et littéraires de la fin du XVIIIe siècle. Son œuvre appartient d’abord à la période romantique : elle mêle le gothique, la philosophie, la science de son temps et une réflexion durable sur la responsabilité du créateur.

Réduire Mary Shelley à l’épouse de Percy Bysshe Shelley ou à un unique roman masque une carrière de plusieurs décennies. Elle publie des romans historiques et post-apocalyptiques, des nouvelles, des récits de voyage et des biographies. Après la mort de Percy, elle joue aussi un rôle décisif dans l’édition et la transmission de ses écrits.

Qui était Mary Shelley ? Biographie en quelques dates

Mary Wollstonecraft Godwin naît à Londres le 30 août 1797. Sa mère, Mary Wollstonecraft, autrice de A Vindication of the Rights of Woman, meurt peu après sa naissance. Son père, William Godwin, est philosophe politique, romancier et éditeur. Mary reçoit une éducation largement informelle, mais grandit dans une maison fréquentée par des écrivains, savants et penseurs. Elle lit abondamment les œuvres de ses parents et apprend très tôt à considérer l’écriture comme un travail intellectuel.

Elle appartient à la génération de la Régence et du romantisme britannique. Elle a bien vécu durant les premières années du règne de Victoria, commencé en 1837, mais présenter Frankenstein comme un roman de l’époque victorienne brouille la chronologie : le livre est conçu en 1816 et publié en 1818, près de vingt ans avant l’époque victorienne.

Mary Godwin et Percy Bysshe Shelley

Percy Bysshe Shelley

En 1814, à seize ans, Mary part sur le continent avec le poète Percy Bysshe Shelley, alors marié, et sa demi-sœur Claire Clairmont. Le voyage, les difficultés financières et la rupture avec William Godwin éprouvent le groupe. Mary et Percy se marient le 30 décembre 1816, après la mort de Harriet Shelley. Leur mariage officialise une relation déjà ancienne ; leur vie commune associe lectures, discussions et collaboration éditoriale, mais il faut éviter d’effacer l’autonomie littéraire de Mary derrière celle du poète.

Le couple s’installe en Italie en 1818. Plusieurs de leurs enfants meurent en bas âge ; seul Percy Florence Shelley, né en 1819, survit jusqu’à l’âge adulte. Ces deuils, les déplacements et l’expérience de l’exil traversent les journaux et les fictions de Mary sans fournir une clé unique à toute son œuvre.

Après la mort de Percy Shelley

Percy Bysshe Shelley meurt noyé en juillet 1822 dans le golfe de La Spezia. Veuve à vingt-quatre ans, Mary retourne en Angleterre avec son fils en 1823. Elle doit gagner sa vie par l’écriture tout en négociant avec son beau-père, Sir Timothy Shelley, dont le soutien financier est soumis à des conditions strictes.

Elle continue pourtant à publier, rassemble les poèmes de Percy et prépare des éditions qui structurent durablement sa réception. Mary Shelley meurt à Londres le 1er février 1851, à cinquante-trois ans, après une longue maladie parfois attribuée à une tumeur cérébrale. La chronologie des Bodleian Libraries permet de replacer ces événements, les manuscrits et les éditions dans leur ordre documenté.

Comment Mary Shelley a-t-elle imaginé Frankenstein ?

La création de Frankenstein

Le séjour près du lac Léman en 1816

Durant l’été 1816, Mary Godwin, Percy Shelley et Claire Clairmont séjournent près de Genève. Ils fréquentent Lord Byron et son médecin John Polidori, installés à la Villa Diodati. Dans un été froid et pluvieux, le groupe lit des récits fantastiques et Byron propose que chacun écrive une histoire de fantôme. Le contexte ne se réduit donc ni à un trio ni à une unique « nuit d’orage ».

Mary raconte ensuite avoir longtemps cherché une idée, puis imaginé un étudiant donnant un semblant de vie à l’être qu’il avait fabriqué. Elle commence par un récit bref que Percy l’encourage à développer. Le Shelley-Godwin Archive situe la rédaction du manuscrit entre 1816 et 1817 et permet de distinguer la main de Mary des interventions de Percy.

nuit au Lac Léman

Du manuscrit de 1816 à l’édition anonyme de 1818

Frankenstein; or, The Modern Prometheus paraît anonymement en trois volumes le 1er janvier 1818. Percy écrit la préface et apporte des corrections au manuscrit, mais les archives établissent que Mary est l’autrice du récit. L’analyse présentée par la Bodleian estime les interventions de Percy à environ 4 000 mots sur 72 000, soit près de 6 % du texte : une collaboration éditoriale réelle, pas une coécriture qui annulerait la paternité littéraire de Mary.

L’édition anglaise de 1823 affiche son nom. En 1831, Mary publie une version révisée avec une nouvelle introduction relatant la genèse du roman. Les textes de 1818 et de 1831 ne sont donc pas strictement identiques : choix d’édition, passages remaniés et présentation de la création peuvent modifier la lecture. Le guide de Romantic Circles sur les éditions de Frankenstein aide à les distinguer.

Que raconte réellement Frankenstein ?

Victor Frankenstein est un étudiant fasciné par la philosophie naturelle, l’anatomie et le secret de la vie. Il fabrique un être, réussit à l’animer, puis l’abandonne aussitôt. Le roman s’intéresse moins à une recette scientifique qu’aux conséquences de cet acte : solitude de la créature, refus de la responsabilité, désir de reconnaissance, vengeance et destruction réciproque.

L’image populaire d’un corps cousu sur une table, animé par la foudre au milieu de machines, doit beaucoup au théâtre et au cinéma. Le roman évoque les charniers, l’anatomie et les matériaux du corps, mais laisse volontairement le procédé exact dans l’ombre. Il ne faut pas non plus appeler la créature « Frankenstein » sans nuance : Frankenstein est le nom de Victor ; l’être qu’il crée ne reçoit aucun nom.

Science, galvanisme et responsabilité

Mary écrit à une époque où la frontière entre vie et mort, l’électricité animale, le galvanisme et les expériences sur les corps nourrissent le débat public. Le roman ne constitue pas une prédiction technique. Il transforme ces discussions en problème moral : que doit un créateur à l’être qu’il fait naître ? Le savoir excuse-t-il l’abandon ? La catastrophe vient autant du refus de Victor d’assumer sa responsabilité que de son ambition initiale.

Pour approfondir la place du roman parmi les imaginaires scientifiques, l’article sur la science-fiction et le fantastique complète cette biographie sans remplacer la page dédiée à Frankenstein et le steampunk.

Mary Shelley : romantisme, gothique ou science-fiction ?

Mary Shelley et le mouvement romantique

Une autrice de la période romantique

Mary Shelley est associée au mouvement romantique par son époque, son cercle et les questions de son œuvre. Frankenstein mobilise la puissance de la nature, le sublime des paysages alpins et arctiques, l’individu en rupture avec la société, l’émotion et les limites d’une ambition qui prétend dominer le vivant. Cela ne signifie pas que son écriture se résume aux idées de Percy Shelley ou de Byron.

Un roman gothique profondément renouvelé

Le livre reprend des codes de la littérature gothique : récits emboîtés, poursuite, lieux isolés, secret, peur et transgression. Mais la menace ne vient pas d’un fantôme traditionnel. Elle naît d’une expérience humaine et d’une relation détruite entre le créateur et sa créature. Cette articulation entre gothique, philosophie naturelle et éthique explique la modernité du roman.

Le premier roman de science-fiction ? Une formule à nuancer

Frankenstein est souvent présenté comme une œuvre fondatrice de la science-fiction, parfois comme le premier roman du genre. Cette qualification est utile parce que le récit fait dépendre son événement extraordinaire d’une recherche humaine plutôt que de la seule magie. Elle reste néanmoins discutée : les histoires littéraires peuvent retenir des précurseurs plus anciens et la catégorie « science-fiction » apparaît bien après 1818. La formule la plus exacte est donc celle d’un des premiers grands romans à articuler spéculation scientifique et responsabilité sociale.

Quelles autres œuvres Mary Shelley a-t-elle écrites ?

Frankenstein ne représente qu’une partie de son travail. La bibliographie de Romantic Circles recense romans, nouvelles, récits de voyage, biographies et textes critiques.

  • Valperga (1823) : roman historique situé dans l’Italie médiévale, qui confronte ambition politique, liberté et pouvoir.
  • The Last Man / Le Dernier Homme (1826) : récit d’une pandémie mondiale à la fin du XXIe siècle, aujourd’hui lu comme un jalon majeur de la fiction post-apocalyptique.
  • The Fortunes of Perkin Warbeck (1830) : roman historique consacré à un prétendant au trône d’Angleterre.
  • Lodore (1835) et Falkner (1837) : romans qui examinent la famille, l’éducation, la dépendance et la place des femmes.
  • Mathilda : récit rédigé en 1819-1820, resté inédit de son vivant et publié bien plus tard.
  • Récits de voyage et biographies : notamment Rambles in Germany and Italy (1844) et de nombreuses vies d’auteurs pour la Cabinet Cyclopaedia.

Une éditrice essentielle de Percy Bysshe Shelley

Après 1822, Mary ne se contente pas de préserver des souvenirs privés. Elle rassemble des manuscrits, établit des textes, écrit des notices et supervise notamment Posthumous Poems en 1824 puis les Poetical Works de 1839. Les contraintes imposées par Sir Timothy limitent parfois ce qu’elle peut publier. Son travail éditorial contribue néanmoins fortement à la survie et à l’interprétation de l’œuvre de Percy.

Cette activité explique pourquoi il est réducteur de décrire Mary uniquement comme une muse romantique. Elle est à la fois autrice, professionnelle des lettres, biographe et médiatrice d’archives.

Mary Shelley a-t-elle influencé le steampunk ?

Mary Shelley et le steampunk

Mary Shelley n’est pas une autrice steampunk : le terme n’apparaît qu’au XXe siècle et son roman précède l’époque victorienne. Le lien est une filiation rétrospective. Des œuvres steampunk reprennent le savant transgressif, la création artificielle, l’esthétique du laboratoire, le corps réparé et la question des conséquences sociales de l’invention.

Frankenstein peut donc nourrir le steampunk contemporain sans devenir pour autant un roman steampunk historique. Cette distinction respecte la chronologie tout en expliquant pourquoi la créature et son créateur réapparaissent dans les univers rétrofuturistes.

La réception visuelle du roman passe d’abord par le théâtre, dès les années 1820, puis par de très nombreuses illustrations et adaptations. Le cinéma fixe au XXe siècle des éléments devenus familiers : laboratoire spectaculaire, électricité, silhouette massive et coutures visibles. Ces choix appartiennent à l’histoire des films gothiques, pas toujours au texte de 1818. Revenir au roman permet de retrouver une créature éloquente, capable de lire, d’argumenter et de raconter sa souffrance.

Cette différence éclaire aussi l’héritage de Mary Shelley : chaque époque réinterprète son récit selon ses inquiétudes, de l’industrialisation à la robotique et à l’intelligence artificielle. Le gothique et le steampunk ne sont donc pas de simples décors ajoutés à la créature ; ils constituent des cadres de réception qui déplacent la question centrale de la responsabilité.

FAQ sur Mary Shelley

Frankenstein

Quel est le mouvement littéraire de Mary Shelley ?

Mary Shelley appartient à la période romantique britannique et écrit dans la tradition gothique. Frankenstein est aussi considéré comme une œuvre fondatrice ou précoce de la science-fiction.

Qui a écrit Frankenstein ?

Mary Shelley a écrit Frankenstein. Percy Bysshe Shelley a rédigé la préface de 1818 et proposé des corrections, mais les manuscrits conservés attribuent clairement le récit à Mary.

Mary Shelley avait-elle 18 ans quand elle a écrit Frankenstein ?

Elle a dix-huit ans pendant l’été 1816 lorsqu’elle commence l’histoire près de Genève. Elle a vingt ans lorsque la première édition paraît anonymement en janvier 1818.

Pourquoi le nom de Mary Shelley n’apparaît-il pas sur la première édition ?

L’édition de 1818 est anonyme. Son identité d’autrice devient publique avec l’édition anglaise de 1823. L’anonymat a favorisé des suppositions sur Percy, dont la préface figurait dans le livre.

Quels livres lire après Frankenstein ?

Le Dernier Homme constitue la suite la plus accessible pour découvrir sa fiction spéculative. Valperga, Lodore, Falkner et Mathilda montrent ensuite la diversité de ses romans et récits.

Emily Bronte  Une Plume au Vent des Moors

Emily Brontë : une autre autrice majeure du gothique anglais

Sources biographiques et manuscrites